Extrait d’un journal de voyage

… »Nous avons quittés la plage pour Ubud, capitale culturelle de Bali. J’avais grand espoir d’enfin pouvoir découvrir le vrai cœur de cette île supposément enchanteresse. Comme plusieurs qui ont lu ou écouté « Mange, prie, aime », j’avais la certitude erronnée que ce village était restée intouchée par les hordes de touristes.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais ce n’était certainement pas à ce que j’ai trouvé. J’ai été déçue, voir fâchée, de ce que j’y ai découvert. De grandes rues touristiques qui se chevauchaient de part et d’autre du petit centre-ville. Ces rues étaient une véritable vitrine de restaurants, boutiques de souvenirs, agences de voyages, écoles de yoga, spa mais également de lieux sacrés et de temples. Je n’avais jamais vu autant de restaurants réunis dans un kilomètre carré. La bouffe y était bonne et surtout pas très cher. Cependant, j’avais de plus grandes aspirations de la part de cet endroit qu’on surnomme le centre du tourisme culturel. Heureusement pour nous, nous avions réservés une villa chez l’habitant à l’extérieur de la ville, dans les champs de riz, ce qui nous permettait de vivre une expérience culturelle tout en gardant un certain confort. »

… »Notre hôte a un air sympathique et surtout un anglais hors du commun pour un « local ». Il s’appelle Gusde et est fier de nous présenter sa villa. Il est allé étudier à l’université en Suisse, il comprend donc les enjeux du monde moderne et surtout des affaires. Il aide sa communauté et participe activement à l’essor de petites entreprises de son village. La villa qu’il nous offre est au-delà de toutes nos attentes, surtout pour la modique somme que nous payons. Gusde est incroyablement gentil et nous sommes impressionnés par sa générosité et son désir de nous aider. Il nous propose d’aller visiter les champs de riz avec lui dans son village et ensuite d’aller au temple avec lui et sa femme à l’extérieur de la ville, nous serions les seuls touristes sur place. Nous acceptons avec plaisir, en pensant que ça fera du bien de sortir de la route des touristes.

C’est en marchant dans les rizières avec notre hôte que je prends finalement conscience de toute la beauté de cette île d’irréductibles hindouistes. La sérénité et la gentillesse qui émanent des habitants que nous rencontrons sur notre passage est surréelle. L’énergie que dégagent ces gens n’est comparable à rien que nous puissions connaître dans notre société de pays développés. Un père sur sa mobylette avec ses quatre enfants nous dépasse dans le petit chemin de terre qui sépare deux champs de riz. Les enfants s’empressent de nous crier un « hello » à l’unisson à travers leur rire. Leur sourire vaut tout l’or du monde. Les femmes que nous rencontrons nous regardent d’un air interrogateur mais approbateur en se demandant probablement ce que font deux blancs aussi éloignés des endroits touristiques. Nous répondons à leurs interrogations par un sourire gêné et leur visage laisse aussitôt place à un sourire éclatant. Notre hôte nous explique les différents aspects de leur religion, notamment l’importance de la réincarnation et de faire le bien dans cette vie-ci en prévoyance de la prochaine. Je me dis que c’est une magnifique façon de concevoir les choses et que tous les peuples de la terre, peu importe les croyances ou la religion, devrait appliquer cette mentalité, le monde s’en porterait mieux.

Nous arrivons finalement au bout des champs, à l’orée de la forêt. Des hommes, des femmes et des enfants se lavent nue dans un cours d’eau qui ne semble pourtant pas très propre. Je détourne le regard tout en continuant de marcher, en espérant qu’ils ne nous aient pas aperçu en train d’envahir leur intimité. Je demande à notre hôte ce qu’ils pensent de tout le tourisme qui leur est tombé sur la tête comme le menhir sur la tête de Panoramix. Son opinion sur la question me surprend. Sans être en faveur des transitions qui s’opèrent, il ne semble pas défavorable à tous ces changements. D’après lui, le tourisme est essentiel au développement de l’île, et ce, malgré toutes les nuisances que cela peut occasionner. Il me confirme qu’il y a encore 10 ans, il n’y avait que des vélos à Ubud, aucune satanée mobylette, mais tous ces changements sont nécessaires. Je suis fâchée pour lui, fâchée pour son peuple, je me sens envahie pour eux par les occidentaux. À l’écouter parler je comprends que je suis complètement à côté de la track. Il mentionne que les changements que connait l’île avec l’essor du tourisme n’affectent que certaines villes, que la majorité des villages sont restés intouchés, que la culture perdure et demeure inchangée pour la plupart d’entre eux mais surtout, que les tourismes ne les empêchent pas de vivre le même mode de vie qu’ont vécu leurs ancêtres.

C’est sur la route du retour que je réalise que tous ces changements ne sont là que pour les touristes, que pour la parure. Les Balinais n’ont pas changés dans leur cœur, dans leur mentalité. Leurs besoins et leurs valeurs sont les mêmes qu’avant la construction des « resorts » sur la plage, ils sont toujours aussi pures même si de nos jours ils s’habillent avec des jeans et utilisent les téléphones portables. En entendant ses paroles, j’ai eu espoir, l’espace d’un instant, que notre monde puisse continuer à évoluer sans effacer les différences qui en font toute sa beauté…

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