Extrait d’un journal de voyage : rencontre fortuite en catamaran

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Assise sur le pont d’un catamaran, quelque part en mer au sud de Maui, j’arborais fièrement un sourire d’enfant en observant furtivement l’horizon. C’était une journée parfaite : plongée et soleil dans un décor de rêve. J’ai pensé qu’il y avait pire comme vacances. Ma peau était le théâtre d’un mélange unique à ce décor exotique : sels de mer, sueur et crème solaire étrange. J’endurais avec joie l’inconfort de la chaleur étant donné le contexte paradisiaque dans lequel je me trouvais.

Fidèle à mes racines de biologiste, j’avais opté pour une excursion en mer de type «eco-friendly», quitte à payer plus cher, au moins j’avais la conscience environnementale tranquille. C’était ma façon de faire ma part pour notre chère planète, ce qui est lamentable, mais mieux que rien. J’aurais aimé être de ces activistes de Greenpeace, ceux qui ont la force de caractère et la fougue nécessaires pour s’engager corps et âme dans des causes impossibles. Je n’ai pas cette fougue. Je choisis plutôt d’endormir ma conscience en optant pour des produits affichant un logo « pro-environnement » et des excursions « eco-friendly ».

Pour nous rappeler que nous étions dans cette excursion qui prône le bien-être de la faune marine, la crème solaire distribuée sur le bateau était également « eco-friendly », une sorte de substance laiteuse qui rappelait vaguement la texture d’un yogourt caillé, l’odeur en moins. Supposément que les coraux apprécient le geste. L’intention était noble.

Le début de la journée avait commencé avec un arrêt « snorkeling » dans un ancien volcan enseveli sous la mer : Molokini. Les fonds marins dans cette partie de la planète sont reconnus comme étant particulièrement prospères et je dois avouer que c’était assez impressionnant. Les poissons présents étaient encore plus diversifiés que ce que l’imagination fertile d’un enfant aurait pu dessiner. C’était beau de voir que, dans un contexte de détérioration accéléré de la biodiversité mondiale, il y avait encore de la diversité à cet endroit-là. L’endroit était superbe, bondé de touristes, mais tout de même superbe. J’avais l’impression d’être comme un poisson dans l’eau avec ma crème solaire amie des coraux.

Le catamaran a par la suite mis les voiles vers Molokai, île voisine de la célèbre et divine Maui. Molokai est en partie dénudée en raison du broutage intensif de chèvres mis en liberté sur l’île il y a plusieurs décennies, résultat d’une mauvaise gestion du territoire. Les bêtes y avaient été importées pour y être élevées en liberté et ensuite être vendues comme viande bio. Sale histoire : les bêtes se sont reproduites de façon démesurée, il faut croire, et elles ont tout mangé sur leur passage. Certains pourraient dire que c’était prévisible, d’autres se défendent en disant que c’est surprenant quand même qu’une population de chèvres ait passé au travers la végétation luxuriante d’une île de 673 kilomètres carrés en seulement quelques dizaines d’années.

Sur notre trajet vers l’île chauve, je l’ai aperçu. Il était seul à valser dans les vagues à une centaine de mètres du bateau. C’était un dauphin à long bec, ou en anglais un spinner dolphin. J’étais la seule à l’avoir vue, ce qui m’a remplie d’une joie puérile. J’ai toujours eu de bons yeux pour scruter l’horizon, pour apercevoir des choses que certains auraient de la difficulté à observer même avec des longues vues collées au nez.

Quelques instants plus tard, ses acolytes marins se sont pointés à ses côtés. J’ai eu pendant l’espace d’un instant cette vision absurde qu’il ressemblait à des soldats tellement leur rang était serré.

Une dizaine de dauphin sauvage suivait le bateau en jouant dans les vagues. Le capitaine du bateau a ralenti notre allure, question de ne pas les perdre de vue. Quelques minutes plus tard, ce n’était plus une dizaine de dauphins que nous pouvions apercevoir, mais quelques centaines d’entre eux, ils nous encerclaient. Aussi loin que mes yeux pouvaient voir, il y avait des dauphins qui s’élançaient au travers des vagues.

Il fallait me retenir de force pour ne pas que je saute par-dessus bord à l’instant même. Je n’ai jamais été très agile dans l’eau, mais de voir nos cousins de la mer s’agiter comme ça autour de moi me donnait une envie exagérée de tenter ma chance dans cette infinie bleue. Cette idée folle était un vestige de mon enfance, alors que j’étais fan d’une télé-série dans laquelle une fille vivait sur une île déserte avec son meilleur ami le dauphin. Le simple souvenir de la chanson thème de cette émission me donnait des idées de grandeur.

Certaines femelles dauphins s’avançaient avec leur rejeton de l’année à l’avant pour se laisser pousser par la vague du bateau. Ils nous suivaient et appréciaient notre présence, c’est certain. Les plus curieux sautaient et faisaient des vrilles à côté du bateau tandis que d’autres se tenaient plus à l’écart. À les voir sauter et tourner dans les airs, j’ai vite compris pourquoi on les appelait les spinner dolphins en anglais!

Ils nous ont suivis pendant près d’une heure. Le guide sur le bateau a estimé qu’ils étaient près de 250 individus tout en précisant que, même lui, n’avait jamais vue un aussi grand banc de dauphins sauvages. Je me suis sentie privilégiée.
Nous sommes rentrés au port quelques heures plus tard, les bras et le visage rougis par le soleil, mais surtout, la tête remplie de souvenirs incroyables.

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