Histoire de peur


Quand avez-vous eu la chienne de votre vie pour la dernière fois? Pour ma part, c’était l’année dernière, lorsque j’ai bravé l’inconcevable pour mon instinct de survie, c’est-à-dire de me tirer les bras dans les airs, les pieds attachés, d’un pont de 216 mètres de haut. Juste d’y repenser j’en ai les jambes molles.

Juste à monter sur la rampe d’accès pour aller faire une simple visite du pont et je pensais y laisser ma peau. Le grillage sous mes pieds n’était pas suffisamment rassurant pour me permettre de restreindre mon angoisse. Je m’étais pourtant dit que je ne ferais pas le saut, que je n’avais pu l’âge, comme si je l’avais déjà eu cet âge-là de toute manière.

À chaque fois qu’une personne différente sautait devant mes yeux, mon cœur arrêtait de battre. Je voyais l’affiche au-dessus de la zone de saut qui disait qu’il n’y avait jamais eu de blessés depuis l’ouverture de l’attraction mais je ne pouvais m’empêcher de penser que ça pourrait changer devant mes yeux. Néanmoins, tout le monde revenait sain et sauf, mais surtout complètement exalté. J’ai eu, pour l’espace d’un instant, une bulle au cerveau et je me suis dit que moi aussi je voulais le faire!

Aussitôt que j’ai manifesté mon intérêt, il était trop tard pour faire demi-tour. Mes pieds se sont faits attachés à une vitesse fulgurante et la première chose que je savais c’est que j’étais rendue sur le bord du pont, les orteils dans le vide, les cheveux dans le vent et une douleur atroce dans l’estomac. Ma vessie me demandait à tout moment si elle pouvait relâcher tout son contenu sur l’élastique qui allait me retenir à cette structure en béton. J’aurais donc dû aller au petit coin avant d’entreprendre ce projet suicidaire.

Le décompte a commencé. Il était beaucoup trop rapide, ou beaucoup trop lent, difficile à dire avec du recul. Il n’y avait que 6 chiffres dans ce décompte et je jure qu’à chacun de ces chiffres j’ai pensé y laisser ma vie. Il fallait aussi que je pense à faire un sourire tendu à la foutue caméra qui était braquée sur mon visage. Rendue à 1, j’étais en paix avec moi-même, j’étais prête à tout. Je dirais mieux, j’avais atteint un niveau d’angoisse si élevé que ma conscience s’était déconnectée du reste de mon corps. Je me suis semi-lancée-laissé-tombé. Je ne dirais pas que j’ai fait le saut de l’ange mais, vu les circonstances de stress ultime dans lesquels j’ai sauté, je dirais que c’était quand même un beau saut.

Le cœur dans la gorge, je descendais. J’ai atteint une vitesse folle. J’étais superman. Les arbres en-dessous de moi devenaient de plus en plus gros. Puis, la corde a tiré, mes pieds ont tiré, j’avais atteint le bout de l’élastique. Je me suis mise à remonter pour mieux redescendre, et ainsi de suite. Quelle élégance, mon corps était un véritable yoyo au bout de cette corde. J’ai ensuite été remontée doucement. Plus de peur que de mal!

Si on me demandait aujourd’hui d’y retourner, ma réponse serait certainement négative, même si j’en garde un souvenir incroyable. Cette expérience pourrait paraître absurde pour certaines personnes mais, à mes yeux, je crois que c’est à ce moment que j’ai réalisé qu’on a toute la force de surmonter nos peurs. Pour ma part, c’est ce que j’ai fait, ce jour-là en Afrique du Sud sur le Bloukrans Bridge, j’ai sauté dans le vide les yeux grands ouverts.

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